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Sois nue et tais-toi !

by Reva Leave a Comment

C’est l’histoire d’une gosse de 17 ans et ses photos avec ses copines et copains de classe, qui vit dans sa communauté d’ados, sans soucier de quoi que ce soit. On vient à peine de lui retirer un appareil dentaire et elle croque la vie à pleines dents. Ce sont ses plus belles années sur la fin de l’adolescence et elle s’apprête à passer son Bac.

Le Bac en poche elle part fêter cela en vacances d’été avec son petit groupe d’amis. Toujours bras dessus bras dessous sur les photos. On rit, on s’aime, on découvre le premier amour, celui qui construit quand on s’aime, celui qui détruit quand ça se termine, c’est l’histoire de la vie qui suit son cour.

On rit, on se prend dans les bras sur les photos de vacances, on publie certaines photos sur les réseaux sociaux et un jour la vie change, le jour où dans une photo de groupe on est au bord de la plage en maillot de bain. Ce jour-là elle publie la fameuse photo sur Facebook et comme par magie ce corps qu’elle apprivoise petit à petit alors qu’elle est à peine une femme, se fait remarquer.

On passe de 5 likes d’amis à 15 likes d’inconnus. On passe d’une fille anonyme parmi les autres à une petite personnalité au milieu d’inconnus. Et un peu comme la drogue on augmente un peu la dose, un peu plus de shorts et de maillots. Et c’est normal, le corps ne doit pas être séduction sous-prétexte qu’on est tout simplement en maillot ou court vêtu avec une bande d’amis. Tout ne doit pas être sujet à la sexualité.

Puis on remet une dose de selfies en t-shirt et les likes se font plus maigres, à nouveau 4-5 malheureux likes sur une photo en chemise et jeans. Alors on remet une photo en minishort et les likes d’inconnus réapparaissent.
(saut de ligne) Plus les photos filent et moins on met de filtres sur sa peau. Les photos passent et moins on est habillée et accompagnée.
(saut de ligne) On est passé du groupe d’amis en pull attirant quelques likes à un selfie en maillot toute seule à des dizaines de likes.
On passe des commentaires « vous êtes beaux » sur les photos de couples à « tu es belle » sur les photos solo.
On veut se sentir aimer pour se rassurer, quittes à ce que nous ne connaissions pas nos amis virtuels. L’important c’est la popularité, la course à la bonne photo qui va attirer l’attention du nombre.

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C’est fou, on passe d’une photo au sourire naturelle entre amis à un selfie solo bouche en cul de poule penchée sur l’avant pour laisser deviner une paire de seins toute ferme à faire rugir 100 likes et autant de commentaires.

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Bien sûr les insultes fusent, « salope » « pute », mais ces illustres inconnus et celles qui font pareil commentent derrière stipulant que de toute façon ce ne sont que des « jaloux » ou des « rageux » et que eux sont « moches », car quand on est beau il faut se montrer. Et puis si on est « moche » et bien on se doit de faire pareil car la voisine virtuelle fait pareil parce que la people fait pareil. On est connu pour n’avoir rien fait mis à part s’être montrée.

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Parfois cette fille commet un acte courageux en publiant une photo au naturel et se sent obliger de rajouter la légende #nomakeup #nofilter #aureveil. Cette photo d’être belle au naturel est maintenant considérée comme un exploit qu’on applaudit à l’aide de centaines de likes et d’encouragements. On voit cela comme un acte de bravoure et on attend qu’on érige une statue à son effigie. Mais avant de se montrer à nue dans toute sa normalité sans maquillage il faut d’abord publier des photos de nus le visage emplâtré de faux-semblants afin de justifier ce courage.

Des inconnus commentent et on fanfaronne auprès des copines à savoir qui est la plus appréciée sur internet.

Ces filles innocentes à qui on a vendu la communauté d’apparence, ce monde à qui on demande de ne rien faire à part être belle/bonne. Ce monde de machos aux principes misogynes à qui on vend que pour être une femme forte il faut lever le poing en l’air pendant qu’on penche ses fesses pour effectuer un twerk. Le twerk le nouveau mensonge qu’on a vendu aux femmes pour leur dire qu’elles sont puissantes.

« Regarde comme tu plais, comme tu fais bander ces hommes à tes pieds sur internet. Plus tu te dessapes plus tu seras forte ». Bien sûr qu’on peut être à genoux et soumettre un homme qui fantasme sur cette femme, dans toute relation il y a une sorte de dominé(e) et de soumis(e), mais aujourd’hui on prétend qu’être soumise permet de dominer le monde et ses hommes.

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« Penche toi, tortille ton cul, fais-moi tourner la tête. Tu vois comme c’est toi qui mène la danse ? ». Quelle arnaque ! On ne se met plus à nu car on le veut, mais car un système d’appréciation nous l’a imposé.

Pour exister il faut être vue et pour être vue il faut être nue.

Pour prouver qu’on n’a aucun problème avec son corps il faut le montrer. La discrétion n’existe plus, il faut se dévoiler quittes à trop en montrer.

L’expression « Less is more » a changé de signification. Avant il s’agissait d’en faire moins pour se faire remarquer, aujourd’hui il s’agit d’en porter moins pour se faire remarquer. « Wear less, be more »

On court après la photo qui poussera hommes (et femmes) à se titiller le clic alors on accepte de shooter avec des photographes amateurs qui n’y connaissent rien à la photo, mais d’un côté lui veut mater (et prendre accessoirement des clichés souvenirs) et l’autre veut se montrer pour un auditoire qui veut regarder une fille derrière son écran, un peu comme un spectateur dans un zoo qui considère la femme comme un animal.
C’est donc ça la suite de la théorie de l’évolution, un voyage au bout de la chair ?

C’est la culture de l’image sous vide qui ne veut rien dire à part (bien souvent) un mal-être. On dévoile son état d’âme en faisant la belle, la potiche.
On s’expose pour être jugée. On se met dans l’arène espérant avoir les faveurs du publique qui nous congratulera d’un pouce levé.

Le pire c’est qu’il est difficile de faire un retour en arrière. On a vendu une image de marque auprès d’un public cible qui ne nous considère plus que comme une personne dénudée.
Ne plus que publier des photos de soi en pull est devenu aussi difficile que la reconversion d’une actrice porno.
L’une des façons de se disqualifier dans ce « jeu » est de fermer son compte Facebook, ce qui est synonyme de rupture sociale de nos jours, ou d’espérer que les concurrentes en fassent davantage en se faisant refaire les seins, ce qui est d’ailleurs devenu l’un des nouveau « cadeau » que réclament les fillettes le jour de leurs 18 ans ou lors de l’obtention du BAC.

« Papa, maman, j’ai eu mon BAC et pour rentrer dans le moule de la vie active et de la vie adulte je veux une plus grosse paire de seins ». Et les parents acquiescent car ils se doivent de rassurer leur enfant et qu’elle se sente bien dans sa « peau » alors qu’ils auraient pu lui dire qu’elle est belle comme elle est. Malheureusement la parole d’internet est plus forte qu’eux.

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De nos jours dès qu’une fille est un tantinet mignonne une horde de personnes lui disent qu’elle devrait faire mannequin et/ou de la photo. Et celles qui ne se sont pas sélectionnées face aux « préjugés » de la beauté veulent elles aussi rentrer dans le moule du dictat de la jolie photo de profil.
Mais qu’on les laisse devenir docteur, vétérinaire, prof, peintre, danseuse, chef d’entreprise.
Qu’on arrête de dire aux filles qu’elles doivent être juste jolies. C’est bien beau d’être jolie, mais le joli est remplaçable.

Soyez ce que vous voulez devenir et non ce qu’on vous impose de devenir sous prétexte que vous avez de belles dents, cheveux, fesses, seins etc.
N’acceptez pas d’être juste un corps ou un bout de corps à exposer.
Soyez ce que vous êtes, ce que vous voulez devenir.
Arrêtez de scander que vous êtes belle sous prétexte qu’on vous l’ait dit sous forme de likes et de commentaires creux, soyez belle car vous croyez en vous.

Que vous soyez petite, grande, mince, ronde, brune, blonde, noire, blanche…vous ne plairez jamais à tout le monde, la seule personne à qui vous devez plaire c’est vous !

Frederic Gourdin

RevaSois nue et tais-toi !

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